Communauté de communes des Monts du Pilat : des « ailes » pour un territoire à énergie positive

29.10.2020

Les Ailes de Taillard, projet éolien participatif, est le résultat d’une coopération innovante entre élus, citoyens et industriels. Aux origines du projet, il y a la volonté des élus de la communauté de communes des Monts du Pilat (Loire) de maîtriser le développement d’énergies renouvelables sur leur territoire. Aujourd’hui proche de l’aboutissement, le parc éolien comportera 10 éoliennes d’une puissance cumulée de 30 mégawatts déployées dans la forêt de Taillard sur les terrains publics de deux communes de la collectivité.

Interview de Philippe HEITZ, représentant du collège des citoyens de la SAS les Ailes de Taillard

Comment ce projet citoyen d’énergies renouvelables a-t-il démarré ?

En 2009, la communauté de communes des Monts du Pilat a lancé une étude en vue de créer une zone de développement éolien (ZDE). Lorsque nous avons vu nos élus s’engager sur cette voie de la transition énergétique, nous avons voulu appuyer la démarche. Nous avons ainsi constitué l’association Énergies communes renouvelables qui a été accueillie au sein du comité de pilotage. De 2009 à 2011, des études - paysagères et sur les oiseaux et chauve-souris - ont été menées avec le soutien financier de la région Rhône-Alpes. La ZDE a pu être créée avec l’accord du préfet de la Loire. Avec les élus, nous avons co-construit l’appel à candidature pour trouver notre partenaire industriel. Le choix s’est porté sur Quadran – qui à l’époque n’avait pas encore été rachetée par Total -, spécialiste de la production d’énergie renouvelable. L’aboutissement du process a été, en 2013, la création d’une société par actions simplifiée, la SAS Les Ailes de Taillard.

"Les compétences des ingénieurs spécialisés dans l’éolien, le dynamisme et l’agilité des citoyens, le réseau des politiques sont les meilleurs atouts pour avancer."

Comment fonctionne cette structure ?

Elle se compose de trois collèges : les collectivités territoriales, les citoyens et l’industriel. Le collège citoyen représente 120 personnes physiques, 5 associations locales et la SCIC Enercoop Rhône-Alpes (fournisseur d’électricité renouvelable). Le mode de gouvernance de la SAS Les Ailes de Taillard est innovant car il repose sur le partage du capital à 50/50 entre l’industriel et les deux autres parties prenantes. (Le capital de départ a été apporté à 50% par l’industriel, à 25% par les collectivités et à 25% par le collège de citoyens.) Au comité stratégique, nous avons dissocié le nombre de sièges de la détention du capital. Quelle que soit sa répartition future, les prises de décisions resteront assurées par les 3 parties prenantes.

 

Avez-vous rencontré des difficultés ? Comment les avez-vous surmontées ?

Nous avons eu un refus de permis de construire lié à un avis défavorable de l’armée de l’air car les futures éoliennes se situaient en limite d’une zone SETBA (secteur d’entraînement à très basse altitude). Il a fallu remonter jusqu’au ministère de la Défense pour qu’un arbitrage soit finalement posé en faveur du projet. À présent, il nous incombe de purger les derniers recours d’opposants au parc éolien. Le tribunal administratif de Lyon les a rejetés en mars 2020 mais les requérants ont fait appel du jugement. On peut souligner le décalage entre l’urgence climatique et la lenteur des procédures permettant le développement d’un projet éolien. 

Au cours de ces 11 années, quelles ont été vos clés de réussite ?

Depuis la création des Ailes de Taillard, aucun citoyen n’a quitté le navire. Nous sommes très soudés, motivés par les enjeux de la transition énergétique et convaincus que ce projet a de plus en plus de sens. Il y a 11 ans, l’urgence climatique n’était pas aussi présente dans les conversations qu’aujourd’hui. Je tiens aussi à souligner l’implication des élus qui ont porté le projet de manière exemplaire. Leurs successeurs ont d’ailleurs repris le flambeau. L’alliance des forces de chacun est, en somme, une clé de réussite indispensable : les compétences des ingénieurs spécialisés dans l’éolien, le dynamisme et l’agilité des citoyens, le réseau des politiques. Ce sont les meilleurs atouts pour avancer.

"Le parc éolien va produire de l’électricité verte à hauteur de 66 gigawatt-heures annuels, soit le double de la consommation annuelle des 16 000 habitants de la communauté de communes. Ce territoire devient « à énergie positive »."

Vous appartenez aux réseaux AURACLE et Energie Partagée. Que vous apportent-ils ?

L’agence régionale AURA-EE, avec son réseau AURACLE, nous a apporté sa matière grise. Ce réseau a contribué à une véritable montée en compétence au sein du collège des citoyens. AURACLE nous a aidés, par exemple, à défricher les modèles juridiques permettant d’associer des partenaires de natures totalement différentes. L’association Energie Partagée nous a également apporté son expertise en matière d’aide à la décision et de structuration du projet.

Quelles retombées en attendez-vous ?

Le parc éolien va produire de l’électricité verte à hauteur de 66 gigawatt-heures annuels, soit le double de la consommation annuelle des 16 000 habitants de la communauté de communes. Très concrètement, ce territoire devient « à énergie positive ». Les retombées seront aussi économiques pour le territoire : un certain dynamisme et des ressources pourront être générés (travaux, loyers, fiscalité, potentielles dividendes pour les collectivités et citoyens actionnaires).

Quelles sont les perspectives à long terme ?

La collectivité territoriale et les citoyens pourraient par la suite s’emparer d’autres projets d’énergie renouvelable. Avec les ressources générées, nous pourrions investir dans l’adaptation aux changements climatiques pour nos communes. Une dynamique s’est créée autour des Ailes de Taillard, entre élus et citoyens motivés. Elle ne demande qu’à se poursuivre dans le futur.

 

(propos recuillis par Charlotte Tortat, journaliste indépendante)